Yvelise BITOUN

Présidente de l’association D’art D’art

Yvelise, parlez-nous un peu de vous… 

Je suis Yvelise Bitoun et j’ai 68 ans. Je suis née en Lorraine de père « pied noir » espagnol et de mère alsacienne. Mon père est arrivé en France pendant la guerre en 1940 et il a rencontré ma mère, ce qui l’a fait rester en “métropole” si je puis dire, car à l’époque l’Algérie était française. Je suis au milieu d’une fratrie de cinq enfants. J’ai vécu en Lorraine jusqu’à mes 21 ans où j’ai été coiffeuse. Je suis arrivée à Boulogne Billancourt en 1976 où j’ai repris la coiffure jusqu’en 1996. J’ai rencontré mon mari lors d’une exposition dans une galerie. Il était praticien à La Ferté-sous-Jouarre. Il est venu me retrouver à Paris pendant quelques années. On a beaucoup “bourlingué” : expositions, musées… Je lui ai fait rencontrer une personne qui avait un salon de thé/galerie et il a pu y faire sa première exposition à Paris. 

Pouvez-vous nous présenter votre association D’art D’art ? 

Après cette exposition, nous avons rencontré Fabrice Michelli, tourneur sur bois, aux Corbiers, un hameau de Jouarre. Mon mari a exposé dans l’atelier Chez Sylvain dans le Faubourg avec lui. Nous avons sympathisé et sommes devenus très amis. Mais Fabrice est décédé en 2001. Sa femme assurant sa promotion, nous avons sollicité des artistes de la région pour l’aider, après le décès de son mari. Puisqu’on avait trois chèques à endosser, il a donc fallu monter une association « d’art d’art »… cette expression a donné son nom à notre association dans la foulé ! Lorsqu’elle a été en place, constatant les difficultés qu’avaient les artistes qui vivaient uniquement de leur art, nous avons fait le choix de faire la promotion d’artistes : c’est ainsi que l’association a démarré. 

Au départ, nous faisions des expositions sur les quais de la Marne, près de l’atelier d’une de nos amies, puis nous avons organisé des marchés d’art pendant plusieurs années. On a démarré avec 11 personnes au premier marché et on a fini avec une cinquantaine de personnes sur les quais. L’atelier n’étant plus en sa possession, il a fallu trouver un lieu pour exposer. On a essayé sur le Pâtis, mais l’ambiance était très différente des quais. Du coup, nous avons sollicité la Mairie qui a bien voulu nous recevoir pour exposer au Centre d’art. Depuis, chaque deuxième week-end de septembre, nous y exposons pendant quinze jours. Ce fameux Centre d’Art, qui a pu vivre et grandir grâce à des personnes comme Geneviève Buch, Corinne Guilbaud, mon mari Jean Bitoun et d’autres personnes.

L’association vit maintenant au rythme annuel des expositions : une au printemps et une en septembre. Nous avons souhaité maintenir ce rythme. Très récemment, nous avons repris les marchés de Noël à l’Eglise de Reuil. Nous avons aussi exposé dans le château de Tarterelle, propriété d’amis qui nous prêtent leurs locaux. L’association donne également des cours d’art floral et des cours de tapisserie de septembre à juin.

Pouvez-vous nous parler de votre engagement en tant que présidente d’association ? 

Mon engagement consiste surtout à promouvoir les artistes qui ont du mal à exposer, à vendre ou à vivre de leur art. Mon engagement est aussi de faire connaître et de présenter l’art contemporain à des gens qui n’avaient jamais eu l’occasion d’aller à une exposition, de voir des œuvres dans leur vie. C’est d’ailleurs ce qui a été extraordinaire à La Ferté-sous-Jouarre ! Les gens osaient venir regarder, du fait que les premières expositions se déroulaient à l’extérieur. Pour moi, ça a été extrêmement important. Si on emmène nos enfants dans des lieux d’expositions et qu’ils rencontrent des artistes, ça leur permet d’avoir des ouvertures extraordinaires. Ils découvrent par eux-mêmes l’art, la culture, et demandent éventuellement à leurs parents de les emmener dans des musées et des galeries. 

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours associatif ? 

Ce qui a été génial avec les premières expositions, c’est que la Mairie a tout de suite adhéré à notre projet. Lorsqu’on faisait nos marchés d’art sur les quais, on avait toujours du matériel, du personnel qui venait nous aider. Après, quand on s’est retrouvés sans lieu intérieur, la Mairie a tout de suite été partante pour nous proposer le Centre d’Art et nous permettre de présenter des artistes. Depuis maintenant 20 ans, on a pu présenter plus de 300 exposants avec des pratiques totalement différentes : de la dinanderie, de la sculpture, de la gravure, de la peinture, de la 3D… On a aussi pu organiser des soirées au Théâtre municipal où on pouvait présenter des comédiens, des chanteurs, des musiciens… Nous avons toujours vécu une superbe collaboration entre l’association D’art D’art et la Mairie.

Pouvez-vous nous donner trois mots pour décrire votre parcours ? 

Le partage, la culture et surprendre : nous nous sommes rendus compte que des gens qui ne seraient jamais entrés dans des galeries ont été jusqu’à acheter des œuvres. Je parle souvent d’une expérience que j’ai vécue au tout début de l’association D’art D’art. Un jeune couple qui n’avait jamais été voir une exposition est tombé en arrêt devant une toile. Ils ont eu un véritable coup de foudre pour cette œuvre. Ce qui a été extraordinaire, c’est que l’artiste a joué le jeu, malgré les peu de moyens qu’il avait, et a permis à ce couple de payer sa toile en dix fois. Il leur a dit ce que je ressens moi aussi : « Je préfère que ce soit vous qui l’achetiez, même si vous me la payez en dix mensualités plutôt que quelqu’un qui viendrait me faire plaisir en achetant une toile ». Je trouve cette anecdote fabuleuse, l’échange avec des gens qui ne pensaient pas être sensibles à quelque chose et se retrouvent face à ce type de situation.

On se rend compte également que les enfants sont très sensibles à cette démarche. On a pu le voir notamment lorsqu’il y avait le Festival des Mains Bleues dans la Ville. Nous avions installé une table avec de la peinture devant le Centre d’art. Les enfants venaient et laissaient leurs empreintes. C’était fabuleux ! Une autre année, nous avions réalisé des moulages en plâtre de nos mains sur la place de l’Hôtel de Ville. Les enfants pouvaient les peindre et les emmener chez eux. À La Ferté-sous-Jouarre, il y a des enfants qui, malheureusement, ne peuvent pas accéder à la culture, aller à Paris. C’est extraordinaire de pouvoir leur apporter la culture. 

Que représente pour vous la Journée internationale des droits des femmes ? 

C’est la reconnaissance de la place de la Femme dans cette société. Il faut se battre pour que la Femme soit reconnue, surtout dans les pays où elle ne l’est pas. La place de la Femme est importante ici et dans les pays dans lesquels elle n’a aucune reconnaissance.

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