Moe DELAITRE

Street-artist

Moe, pouvez-vous vous présenter ? 

Je m’appelle Moe Delaitre et je suis une artiste peintre américaine. 

Pouvez-vous nous préciser ce qu’est le street-art ? 

On peut rapprocher le street-art de l’art préhistorique avec ses dessins réalisés sur les parois des grottes. Laisser sa trace sur les murs, c’est instinctif. Actuellement, le street-art est un mouvement porté par l’ensemble des artistes qui rejettent le système traditionnel des galeries. Il existe de nombreuses formes de street-art. 

Je suis portraitiste classique de formation. J’ai réalisé des portraits classiques durant tout le début de ma carrière. Je ne me définirais pas comme une “street-artiste” en tant que telle :  j’ajoute ma touche classique dans mes œuvres, notamment avec des visages, comme celui de la danseuse Isadora Duncan. Je peins et je colle de “vrais” visages avec le style “street”. 

Comment est née votre passion ? 

Quand je suis arrivée en France, il y a presque 20 ans, j’ai quitté ma clientèle américaine. Initialement, je pensais pouvoir poursuivre ma carrière de portraitiste en France, mais ça n’a pas marché. Aux États-Unis, pour tout ce qui s’apparente à de l’officiel, on a gardé la tradition des portraits peints : les politiciens, les religieux, les universitaires, les familles… Selon moi, depuis que la tête de Marie-Antoinette a été coupée, les portraits peints en France sont démodés. Aujourd’hui, on privilégie les photos. Regardez les portraits des présidents : dans les mairies françaises, ce sont des photos, alors qu’aux États-Unis, ils sont peints ! Au bout d’un certain temps, j’ai décidé d’arrêter de faire des allers-retours aux États-Unis pour mes clients. Je voulais pouvoir travailler dans le pays dans lequel je vivais. 

C’est à Paris que je suis tombée sous le charme du street-art. Je vivais alors dans une ferme à Ussy-sur-Marne. Un jour, j’ai pris une des bombes de peinture servant à délimiter les espaces des vaches. J’ai commencé… et ça m’a littéralement fascinée ! J’ai frappé à toutes les portes de Paris, pour prendre contact avec des street-artistes. Je voulais vraiment pouvoir intégrer ce courant…  Et cela fait maintenant sept ans que je pratique cette forme d’art.

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours artistique ? 

Je suis à La Ferté-sous-Jouarre depuis quelques mois. Isadora Duncan, que l’on peut voir sur les devantures de plusieurs commerçants en centre-ville, c’est le résultat de mon “broken heart”. J’ai fait des grandes recherches sur sa vie, son histoire. Isodora m’a apporté du réconfort à un moment de ma vie personnelle où je me suis sentie abandonnée. Après avoir vécu isolée dans une ferme pendant 20 ans où je pouvais passer un mois à ne voir que mes enfants, mon mari et les employés, je suis arrivée à La Ferté. Les Fertois m’ont recueillie.

Dès que je suis arrivée, j’ai organisé des portes ouvertes pour faire connaître mon atelier dans cette ville. Les deux galeries où j’expose à Paris, la galerie Martine Moisan et l’Atelier Martial*, me permettent de vivre. Mais à cause de la COVID-19, toutes les galeries ont fermé, il a fallu s’adapter. J’ai donc commencé à travailler là où je me trouvais, c’est-à-dire dans ma ville. 
            J’ai commencé le travail autour d’Isadora pour soutenir tous les établissements fermés à cause de la crise sanitaire. J’en profite pour remercier les commerçants de la Ville pour leur soutien. Maintenant que je vis en centre-ville, je réalise combien il est agréable de vivre avec ces commerçants, il existe un véritable esprit village ! Pour moi, La Ferté a une taille idéale : ce n’est pas comme Meaux ou même Paris, où l’on se sent anonyme et invisible. À La Ferté, il y a tout, avec une vraie chaleur humaine. Quand on entre chez Victor du Repaire de Bacchus, chez Sébastien de Domisse Fleurs, chez Julien au Décapsuleur ou chez Michaël au Treize, on ressent cette chaleur. La Ferté, ce n’est pas l’usine : c’est une VRAIE ville. 

Pouvez-vous nous donner trois mots pour décrire votre parcours ? 

Persisterpersisterpersister ! J’adore ce mot. Elizabeth Warren, femme politique américaine, l’a employé. Malgré tous les obstacles et les remarques qu’elle a subis, elle a persisté et elle a réussi. Donc c’est LE mot pour l’art, pour exposer dans une galerie, pour survivre aux épreuves de la vie. On n’a pas d’autre choix que de persister. 

Que représente pour vous la Journée internationale des droits des femmes

J’ai énormément de reconnaissance pour toutes ces femmes qui ont pavé le chemin pour nous, qui ont fait en sorte de nous mener là où nous en sommes aujourd’hui. Mais j’éprouve aussi une grande impatience pour le mouvement global, le changement culturel, l’éloignement du patriarcat et l’arrivée de toutes les possibilités qui existent pour que les femmes puissent gouverner autant que les hommes dans le Monde. Je suis vraiment reconnaissante de tout le travail qui a été fait. 

Isadora Duncan, par exemple, c’est l’histoire d’une femme, le chemin qu’elle a parcouru pour faire avancer le monde de la danse contemporaine. J’ai réalisé beaucoup de portraits de femmes illustres, comme elle. Je suis impatiente de voir diminuer la part de patriarcat dans les ménages et le dévoilement des femmes au pouvoir. La vraie lumière va arriver : on commence à l’apercevoir, aux États-Unis, avec la Vice-Présidente Kamala Harris. Plus de la moitié des membres du gouvernement sont des femmes. C’est bien, et ça existe aussi en France ! Ma vision de la journée internationale des droits de la Femme se résume ainsi : je suis fière et reconnaissante des femmes qui ont lutté avant nous… mais c’est dommage qu’on ait besoin d’une journée comme celle-ci pour s’en souvenir. J’attends le jour où on n’y pensera plus !

Liens utiles

Contact

Atelier de Moe Delaitre
6, rue de la République
77260 La Ferté-sous-Jouarre

* Galerie Martine Moisan : 6-8, galerie Vivienne, 75002 Paris, dans le passage Vivienne
L’atelier Martial : 24, rue Rochebrune, 75011 Paris