Magalie LASSELIN

Présidente de l’association Jazz en Pays Fertois

Magalie, parlez-nous un peu de vous… 

J’ai 41 ans, maman de deux petits garçons. J’ai suivi des études d’histoire-géographie à la Sorbonne, puis obtenu un diplôme en gestion de patrimoine. J’ai travaillé 10 ans dans le secteur bancaire, en gestion privée. Actuellement, je suis cheffe d’entreprise à Paris dans le domaine de l’immobilier, plus précisément celui de l’immobilier commercial neuf en Île-de-France et dans les grandes métropoles françaises.

J’ai vécu toute mon enfance à La Ferté sous Jouarre. Mes parents se sont installés il y a 35 ans et ont ouvert une agence immobilière en centre-ville, aujourd’hui reprise par ma sœur.

Je consacre une grande partie de mon temps libre à ma famille. Mes loisirs varient selon les périodes de ma vie, et surtout selon mes disponibilités : écouter de la musique est sans doute un de mes passe-temps favori avec le dessin. J’aime fourmiller, trouver des ponts entre les personnes pour marier des compétences, construire des projets communs qui peuvent profiter à tous, trouver l’alchimie. Je suis curieuse, très éclectique.  Mon père, avant d’être dirigeant d’une agence immobilière, et d’une société de publicité à Paris, a fait les beaux-arts. Il sculptait, peignait divinement bien. Il a côtoyé des artistes de renom comme Gérard Philipe, Jean Marais, Josette Day… Mon attirance pour les Arts vient de lui indéniablement.

Pouvez-vous nous présenter votre association Jazz en Pays Fertois ? 

L’association Jazz en Pays Fertois a été imaginée à Luzancy, il y a dix ans, lors d’une discussion avec mes amis Nicolas et Yona Folmer. Ils sont tous les deux issus du secteur de la musique : Nicolas est un grand artiste, trompettiste et Yona est l’ancienne responsable du Duc des Lombards

J’étais en congé maternité et nous cherchions une idée d’implantation pour un nouveau festival de Jazz. Le réseau de festivals SPEDIDAM se lançait tout juste avec Pierrick Aunillon, grand professionnel dans l’organisation de festivals.

La SPEDIDAM est une société de perception de droits de propriété intellectuelle des artistes interprètes. Elle apporte un soutien financier majeur au lancement et à l’accompagnement de ce type de projet. L’objectif du réseau est d’apporter de la culture, notamment dans des zones rurales, souvent ayant un accès limité à la culture. Il s’agit de proposer des scènes gratuites les après-midis avant le spectacle du soir qui accueille des têtes d’affiche pour ainsi faire découvrir au plus grand nombre des styles musicaux. 

La ville de Segré a été le lieu du premier festival du réseau. La ville de La Ferté-sous-Jouarre nous a paru être une excellente idée de nouvelle implantation. Intégrer ce réseau était une opportunité à ne pas manquer. 

Nous nous sommes donc investis dans ce projet. Il fallait s’assurer qu’il était réalisable financièrement et convaincre des partenaires. Nous avons eu la chance d’obtenir très rapidement le soutien de la municipalité, enthousiaste à l’idée d’accueillir un bel évènement sur la commune. L’Agglomération, le Département 77 et la Région Ile-de-France ont suivi rapidement la municipalité et soutiennent aujourd’hui l’évènement. Les partenaires privés sont de plus en plus nombreux à nous soutenir.

Il a fallu également s’entourer de bénévoles, qui constituent aujourd’hui le noyau dur de l’association. Il y a une dizaine de bénévoles très investis et fidèles depuis le lancement :

Patrick, Eric, Mary Lin, Sandra, Antonin, Nolwenn, Patricia, Stéphane, Julie, Rodolphe, les deux Catherine et bien d’autres. C’est notamment grâce à eux que le festival a pu naître et durer. 

Au fil des années, le nombre de bénévoles a augmenté. Aujourd’hui ils sont environ 90. Sans eux et sans les soutiens financiers, il serait impossible de proposer cet évènement.

Afin d’éviter de tomber dans l’amateurisme, n’étant pas issus de l’évènementiel, nous nous sommes associés à Jazz au Pays, des professionnels du spectacle de grande qualité. Nous avons allié nos forces pour proposer une première édition de grande qualité et faire en sorte de garder cette exigence au fil des éditions.

Le projet scolaire s’est construit lui aussi au fil des années. Il a été une des motivations phare de ce festival. Nous avions, dès la création de l’association Jazz en Pays Fertois, proposé à l’ensemble des écoles du territoire d’y participer. C’est une grande satisfaction d’accueillir les enfants chaque année. Environ 1 300 élèves y participent. J’espère que nous pourrons les retrouver en juin prochain, mais la situation sanitaire inédite nous empêche actuellement d’être sûrs du maintien des ateliers scolaires qui se déroulent chaque année…

Le Ferté Jazz se déroule dans une ambiance champêtre, avec différents espaces ouverts aux visiteurs (un espace restauration avec des food trucks, des espaces Jeune Public animés par des associations locales, une brocante musicale très appréciée, de nombreuses animations comme les balades fluviales, les découvertes des caves de Champagne, les fromageries locales…). Tout cela apporte de la visibilité au territoire, fait travailler des commerçants. 

Les visiteurs profitent du déplacement pour chercher un hébergement à proximité du festival, pour visiter la ville et ses alentours. À chaque édition, nous améliorons le festival. Il grandit à son rythme, sans démesure. Nous avons bien conscience de la fragilité de ce type d’événement. Il est devenu le rendez-vous annuel d’amis, d’artistes, de passionnés de musique. Je ne vous cache pas que nous sommes peinés de ne pas pouvoir nous retrouver pour le moment. Espérons que cela sera possible les 25, 26 et 27 juin prochains !

Pouvez-vous nous parler de votre engagement en tant que présidente d’association ? 

Mon rôle de présidente d’association consiste à faire en sorte que l’association puisse s’installer durablement et solidement. Et cela, je ne peux pas le faire seule, cela doit être une volonté et une réflexion collective permanente. Il consiste aussi à tirer le meilleur de chacun pour répondre aux attentes des visiteurs, faire en sorte que le maximum soit donné durant ces jours de festivités. Enfin, il faut fédérer pour faire en sorte que ce festival appartienne à tous : c’est la clef de voûte de cet évènement.

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours associatif ? 

Mon parcours associatif se résume essentiellement à celui de Jazz en Pays Fertois. Néanmoins, je suis sensible à d’autres domaines associatifs tel que le domaine de l’enfance. Je suis admirative des actions menées par des associations telles que l’association Papillon, Mécénat chirurgie cardiaques fondée par la professeure Francine Leca, l’association Petits Princes, l’association des Blouses Roses… Mais sans intégrer directement d’autres associations en particulier, j’essaie de donner du temps, des contacts utiles pour les aider si je le peux.

Grâce au Ferté Jazz, nous réfléchissons avec des amis à la mise en place d’un atelier musical dans une école dans un quartier défavorisé à Madagascar, l’école de l’Île aux enfants. Il n’y a pas de frontière pour être bienveillants.

Pouvez-vous nous donner trois mots pour décrire votre parcours ? 

Le parcours de Jazz en Pays Fertois se résumerait par ordre chronologique à :  

  • L’amitié, car ce festival ne serait jamais né autrement que par une discussion entre amis il y a 10 ans. 
  • Ensuite je dirais : persévérance, parce qu’il a fallu du temps et de l’énergie pour convaincre.  Les premières années ont été un peu plus difficiles, c’est normal. Il fallait s’installer. 
  • Pour terminer, je parlerais de collectif car aujourd’hui si ce festival plaît autant, c’est parce que nous sommes nombreux à œuvrer pour qu’il soit un moment unique.

Que représente pour vous la Journée internationale des droits des femmes ? 

Cette Journée internationale des droits des femmes est célébrée dans de très nombreux pays. J’insiste sur les mots “droits des femmes” à travers le monde et non pas la « journée de la femme » comme cela peut être parfois utilisé à des fins commerciales. Elle permet de faire un bilan sur les luttes, les avancées des droits des femmes dans le monde, les évolutions nécessaires pour les futures générations de femmes. 

Une femme sur trois, dans le monde, subit des violences basées sur le genre. Les inégalités de genre sont particulièrement notables au niveau de l’accès à l’éducation et du travail, au niveau des salaires ou encore de l’accès aux postes de direction. Les pays nordiques sont les meilleurs élèves.

Il reste beaucoup à faire pour que les femmes soient la règle et non pas l’exception dans la vie économique, politique, culturelle, etc. Même si « l’exception confirme la règle ». Hélas, aucun pays n’a atteint l’égalité des sexes. Nous pourrions rentrer d’ailleurs plutôt dans une notion plutôt d’équité… Mais j’ouvre sans doute trop la discussion.

Des associations œuvrent pour réduire ces inégalités et permettre notamment à des jeunes filles d’aller à l’école, comme l’association Toutes à l’école, ou encore le groupe scolaire Madeleine Daniélou en Côte d’Ivoire qui a ouvert un nouvel établissement en janvier 2021. Des associations agissent et collaborent pour permettre l’accès des femmes dans le domaine des sciences, de la recherche où elles sont sous représentées.

Il ne s’agit donc pas là de célébrer des stéréotypes lors de cette journée, même s’il est toujours agréable de recevoir des roses, ou des petits présents d’entreprises, mais plutôt de réfléchir à comment améliorer les droits des femmes dans le monde, et faire évoluer les mentalités. 

Nous ne pouvons pas nous priver de l’intelligence de la moitié l’humanité pour faire face à ces séries de défis mondiaux, les conflits, le changement climatique. Nous devons arrêter de négliger la moitié de la population mondiale parce que l’égalité des genres profitera à l’ensemble de la société et aux futures générations. Il faut donc chaque jour œuvrer à sa manière pour faire évoluer les mentalités à travers les politiques, mais aussi l’éducation. 

J’ai eu la chance d’avoir une mère remarquable qui s’est toujours battue pour l’égalité/l’équité des genres et qui nous a éduquées avec ma sœur dans ce sens.

Je remercie Mélissa et Barbara pour cet échange chaleureux, et également la Ville de la Ferté sous Jouarre de m’avoir permise de m’exprimer sur ce sujet.

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